"Un jour je suis morte. J'ai eu du mal à m'en remettre. Je ne m'en remets pas, en vérité. Je ne l'ai pas su tout de suite. Que j'étais morte. Les signaux sont apparus petit à petit. On ne peut pas accepter une chose pareille d'emblée. C'est intenable.D'une seconde à l'autre, tout a changé. Le présent, l'avenir, la couleur du ciel, la couleur de mes yeux. La couleur. La simple couleur. Ma vie continue pourtant. En gris, sans constrastes, d'une manière étale. Rien de saillant, aucun évènement à souligner, à mettre en gras. Autrefois on disait ça de l'écriture, les pleins et les déliés. Je suis déliée. Les pleins, c'est pour les autres. Je ne connais pas le plein. Les pleins sont devant, je suis derrière, je viens après, en mince filigrane. Si le soleil est la vie, je suis la lune. On m'entrevoit de nuit, si le soleil le veut bien. Je n'ai pas d'exigence propre. Je récolte les restes d'énergie gaspillée autour de moi. Ne croyez pas que cette existence parallèle soit pénible. J'ai, comme les autres, des moments heureux. Des moments joyeux, qui ont toute l'apparence du bonheur. A me regarder, on pourrait m'envier. Je ris, j'ai les joues roses, je bronze, je m'enivre, j'invente mais ça ne sert à rien, puisque je suis morte.Ce que je produis ne s'inscrit nulle part, ni ne peut être retenu, fixé. On passe à travers moi comme un nuage."
Blog plus personnel : MADAME-ADELINE
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